rendre la dignité humaine après la guerre

Enfants soldats

La problématique des enfants soldats dans le monde
Aujourd’hui, on compte entre 250.000 à 300.000 enfants soldats ou « enfants associés à une force ou un groupe armé » dans plus de 20 pays tels qu’en RDC, au Tchad, en Inde, aux Philippines, au Myanmar, en Thaïlande et plus récemment en Syrie, en Irak etc. Des jeunes, voire très jeunes enfants sont recrutés de force par les armées régulières d’un pays ou par des milices armées, des groupes rebelles ou paramilitaires. Ils sont employés comme combattants, cuisiniers, porteurs, messagers, espions ou encore utilisés à des fins sexuelles. Ils constituent une ressource d’effectifs inestimable et ont de nombreux avantages : soldats peu coûteux, manipulables à souhait, considérés comme inoffensifs par l’adversaire (certains ont moins de 10 ans). Ils sont fragiles et fragilisés et deviennent parfois de redoutables combattants. Le recrutement peut être forcé (enlèvement, enrôlement sous la contrainte) ou s’effectuer sur une base « volontaire » par vengeance, nécessité économique, par fascination de l’uniforme…

Beaucoup sont tués au front et pour ceux qui survivent, les conséquences physiques (blessures, sévices sexuels) et psychologiques sont dramatiques. Victimes, ils sont souvent devenus bourreaux. Ainsi, la réinsertion au sein de leur famille et communauté est un processus complexe, parfois impossible, entachée par le manque de moyens et l’absence d’une vision à long terme. Les profonds traumatismes, la honte et la culpabilité mènent souvent à des situations inextricables : certains sont à nouveau enrôlés, deviennent des criminels ou se prostituent, d’autres encore disparaissent ou se suicident.

Les enfants soldats en Ouganda

La dernière guerre civile menée par l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) est non seulement caractérisée par des attaques d’une rare violence sur la population civile, mais aussi par le recrutement massif d‘enfants pour en faire des soldats ou des esclaves. En effet, près de 80 % de l’effectif de la LRA était constitué de jeunes de moins de 18 ans.

On estime que 60.000 enfants ont ainsi été enlevés (dont 1/3 étaient des filles) dans leur jardin, à l’école, en chemin ou dans leur sommeil. Le danger était tel que les enfants que l’on a surnommés les «migrants de la nuit» quittaient quotidiennement leur domicile pour aller dormir dans la zone urbaine de Gulu protégée par l’armée gouvernementale.
Ils y trouvaient refuge dans des églises, des hôpitaux, des devantures des magasins,... et y passaient la nuit pour éviter d’être violentés, enlevés ou tués. Les rebelles, attaquant un village à toute heure du jour ou de la nuit afin de créer un sentiment de peur permanent, commettaient les pires atrocités: meurtres, mutilations, enlèvements d’enfants, viols, pillages, incendies,... Comble de la perversion: le groupe rebelle obligeait souvent les enfants qu’il enlevait à massacrer un membre de leur famille. C’était le moyen d’en faire des machines de guerre, prêts à tout...

Totalement dépassés par leur nombre, les enfants n’ont bénéficié que de quelques semaines de soutien psychologique dans des centres de réhabilitation mis sur pied par le gouvernement et quelques ONG. Accueillir ces anciens combattants a été un vrai défi souvent impossible à relever. Certaines familles ont su pardonner à leurs propres enfants mais pour d’autres, la souffrance, l’amertume et la peur de vivre avec un « meurtrier » étaient trop fortes. Les ex-enfants soldats sont encore pointés du doigt à l’heure actuelle. Stigmatisés, ils n’ont, de facto, pas les mêmes chances : refus d’un emploi, opposition à un mariage,... Qui plus est, nombre d’entre eux ont été contaminés par le virus du VIH/Sida et la longue déscolarisation a anéanti leurs perspectives d’avenir.

Les enfants soldats au Sri Lanka

Durant la guerre civile qui a particulièrement touché le nord du Sri Lanka, des milliers d'enfants tamouls (généralement entre 13 et 18 ans) ont été recrutés de force ou « volontairement » pour combattre aux côtés des Tigres tamouls.

Tous ont vécu des expériences traumatisantes : bombardements, fusillades, explosions, tortures, brutalisations, exécutions, viols et mines antipersonnel.

- Recrutement de force vs engagement « volontaire » des enfants soldats
Durant la guerre, les familles privées de toute forme de revenu, d'accès à l’éducation et aux soins de santé ainsi que de nourriture ont encouragé leurs enfants à rejoindre les LTTE. Certains enfants étaient même heureux de pouvoir défendre les droits civils de leur communauté, s'extrayant par la même occasion de leur caste et dans le cas des femmes et des jeunes filles de leur condition "inférieure" de femmes.
A contrario, depuis le début de la guerre, des enfants ont été recrutés de force pour réaliser de petites tâches ponctuelles. Vers la fin de la guerre, voyant leur défaite approcher et le nombre de combattants diminuer, l'organisation s'est vue contrainte de reformer les rangs avec des enfants et des adolescents. Seule issue pour les jeunes filles d’éviter l’enrôlement forcé : le mariage arrangé, car les femmes mariées sont supposées prendre soin de leur foyer.

- Problèmes psychosociaux et moyens de subsistance limités

Après 2009, alors que pour le reste du pays, la guerre n’est plus qu’un mauvais souvenir, dans le nord les stigmates qu’elle a laissés sont encore bien présents. Ils affrontent des souffrances physiques (blessés par un éclat d’obus, amputation,….) psychologiques (liées aux souffrances de la guerre et la perte de proches) et l’exclusion sociale. Longtemps, ils ont eu peur d’être tuées ou torturées pour avoir appartenu au groupe rebelle. Aujourd’hui, ces adultes, hommes et femmes doivent travailler pour subvenir aux besoins de leur famille. Pour les femmes, la situation est plus complexe: travailler les marginalise, elles qui jusqu’ici avaient l’habitude d’accomplir des tâches ménagères. Elles doivent non seulement faire face aux forces gouvernementales mais aussi au conservatisme tamoul.


back to top